Le Caravage - Marthe et Marie-Madeleine

La conversion de Marie Madeleine

Musique Sacrée - Oratorio

Oratorio a quattro con instromenti (Vienne 1701)
Giovanni Bononcini (1670-1747)

Une musique au pouvoir expressif intense.
Un sublime oratorio aux accents handeliens.
Maria Cristina Kiehr retrouve son rôle fétiche de Marie-Madeleine

Marthe, la soeur de Marie Madeleine, va-t-elle convaincre cette dernière de suivre la voie tracée par l’Amour Divin plutôt que de succomber aux séductions factices de l’Amour profane ?

Voilà le thème de cet oratorio de Giovanni Bononcini, créé pour le Carême à Vienne, en 1701. Alors en pleine gloire, le compositeur va mettre tout son immense talent dans cette histoire sacrée, construite avec toute la science dramaturgique qu’il a acquise à l’opéra. Des imprécations de l’Amour Divin aux pressantes sollicitations de l’Amour Profane, des conseils éclairés de Marthe aux errements de Madeleine, chaque air est ciselé avec grâce. Mais ce sont peut-être les ensembles qui font la singularité de l’œuvre, jusqu’à l’étonnant duo final entre Marthe et Madeleine. L’invention mélodique du compositeur se met au service de chaque personnage, tandis qu’il entoure les voix d’un riche tissu instrumental sans cesse renouvelé.

La recréation de cette œuvre splendide est enfin une occasion de retrouver Maria Cristina Kiehr dans un de ses rôles privilégiés, celui de Marie-Madeleine.

 

 

« La Conversione di Maria Maddalena », oratorio d’essence religieuse, se déroule comme un opéra sacré qui emprunte au monde lyrique de son époque nombre de ses caractéristiques. Voici un drame plus proche d’un opéra de Haendel que d’une Passion de Bach. Le déroulement de l’œuvre est divisé en récitatifs et « arias da capo », dans la plus pure tradition lyrique de la période baroque. Quatre solistes vocaux incarnent les personnages du drame. Maria Maddalena et sa sœur Marta, respectivement soprano et alto, représentent la condition humaine. Une soprano et un baryton prêtent respectivement leur voix à l’Amour divin et l’Amour profane. Le combat entre ces deux symboles nourrit toute la trame dramatique et musicale de l’œuvre.

La Sinfonia d’ouverture donne le ton recueilli de la partition. Dirigé depuis l’orgue positif par Jean-Marc Aymes l’ensemble instrumental justifie suprêmement son nom, Concerto Soave, par la suavité de son jeu, d’une belle perfection sonore et formelle, mais également d’un pouvoir expressif touchant.

Toute la première partie de l’oratorio voit s’affronter les forces terrestres et célestes. La fraîcheur, la pureté vocale de la soprano Violaine Le Chenadec caractérisent admirablement l’Amour divin. Son opposé, l’Amour profane, se projette dans la belle voix riche et timbrée, le sens de la déclamation du baryton Etienne Bazola. Les deux rôles humains sont incarnés par deux personnalités aux caractéristiques vocales très particulières. Alice Habellion chante Marta, la sœur compatissante et incitative, d’une voix de contralto aux rares couleurs sombres et aux profondeurs abyssales, tout en vocalisant avec agilité. 

Quant à la grande soprano María Cristina Kiehr, elle confère à Maria Maddalena l’ambigüité de ses aspirations opposées. On retrouve l’étrange particularité de son timbre clair, son absence de vibrato, deux caractéristiques qui évoquent curieusement la fraîcheur d’une voix d’enfant. Son incarnation touchante, profondément émouvante, atteint des sommets dans les arias de douleur profonde, comme dans ce lamento de la première partie : « En tièdes fleuves de larmes amères dissolvez-vous, ô yeux, la peine m’est chère… » Elle sait également séduire avec coquetterie dans ce duo avec Marta : « Qui méprise la beauté, qui s’épanouit dans un coup d’œil, n’est pas digne de jouir ».

La seconde partie de l’oratorio recèle des trésors de sensibilité. C’est le cas du beau récit de la pècheresse s’observant dans le miroir, comme pour illustrer le célèbre tableau de Caravaggio, ou encore de celui de ce douloureux « Air des larmes » (bien loin des pleurs de Charlotte dans le Werther de Massenet !) qui marque la conversion de la Sainte : « Je commence à soupirer, à pleurer, repentie de mes fautes ». L’étonnant trio opposant l’Amour divin et l’Amour profane à Maria Maddalena témoigne de l’impressionnante inventivité du compositeur, alors que le duo final des deux sœurs, « Qui m’escortera vers le Dieu fait homme ? », représente un autre sommet d’émotion.

Soulignons l’incomparable soutien instrumental aux contributions des chanteurs solistes. Jean-Marc Aymes, en maître d’œuvre averti, pétrit la matière sonore du Concerto Soave, admirable de cohésion, avec un raffinement extrême. “ _ Serge Chauzy

Violoncelliste, compositeur prolifique et grand voyageur, Bononcini, né en 1670 à Modène, a abordé à peu près tous les genres musicaux dans les domaines dramatiques, religieux et instrumentaux. En 1698, il est invité par Léopold 1er de Habsbourg, Empereur du Saint-Empire Romain Germanique. Il séjourne alors à la Cour de Vienne et restera au service de Joseph 1er, Archiduc d’Autriche, qui succède à son père. En 1720, il s’installe à Londres où sa renommée l’avait précédé. Il y retrouve Haendel, soutenu par la Cour, dont les œuvres sont très appéciées par un public friand d’opéra italien. Les deux compositeurs vont se trouver tour à tour en position de collaboration mais aussi de rivalité. On retrouve d’ailleurs chez Bononcini, quelques éléments communs avec la musique du « Caro Sassone ».